• Socrate 2, Tirage numérique 1/3, 120 x 100 cm, 2015

  • Socrate 3, Tirage numérique 1/3, 100 x 120 cm, 2015

  • Socrate 1, Tirage numérique 1/3, 100 x 120 cm, 2015

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 100 x 120 cm, 2014

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 100 x 120 cm, 2015

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 120 x 100 cm, 2014

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 2014

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 100 x 120 cm, 2014

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 2014

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 80 x 90cm , 2014

  • Sans titre, Tirage numérique 1/3, 80 x 90 cm, 2014

Luc Vaiser

Photographe depuis plus de 40 ans, Luc Vaiser s’en est longtemps tenu aux subtilités quasi ascétiques du noir et du blanc. Son passage récent et jubilatoire à la couleur et au numérique – retouche incluse –, avait donc de quoi déconcerter. Il invite surtout à chercher, à travers la longue et imposante production de cet artiste hors norme, une cohérence plus subtile que celle que la technique manifeste : ce qui fait œuvre.
Seuls des aplats écarlates apposés à différentes séries d’images avaient manifesté de façon récurrente sa volonté d’en découdre avec la couleur (comme un contrepoint au silence des œuvres), sinon avec la peinture. C’est d’ailleurs par là qu’il avait commencé au début des années ‘70, en retravaillant des photos à l’écoline.
Ce n’étaient d’ailleurs pas seulement ces surfaces colorées qui venaient commenter l’image. Le travail en diptyque ou triptyque est aussi inhérent à son mode de présentation des photographies – compositions temporaires ou destinées à rester associées. Comme si la photographie seule n’était jamais tout-à-fait complète, nécessitant des juxtapositions d’images très justement dites en regard. D’un regard, ses photos ont donc besoin. N’y voir aucune théâtralité. Les photographies de Luc Vaiser ne sont pas bavardes : le silence leur est inhérent. Dans La Chambre claire, Roland Barthes écrivait même : « La photographie doit être silencieuse (il a des photos tonitruantes, je ne les aime pas) : ce n’est pas une question de ‘discrétion’, mais de musique. » Rien de moins tonitruant que les paysages parcimonieux de la campagne environnante où Luc Vaiser a longtemps puisé ses images – et continue à le faire. Même lorsqu’il s’attache aux paysages de montagne, piège héroïque par excellence, point d’écrasement. L’espace qui sublime le lieu ; l’expérience physique de la vacuité entre les montagnes plutôt que l’ivresse des sommets. Et surtout, selon les mots mêmes du photographe, « les fractures, les fêlures du blanc ».
Silencieuse, l’œuvre n’est pourtant pas muette. L’unique issue que l’artiste puisse s’offrir sans recourir au pathos consiste alors à recourir au langage propre de la photographie. En cela, on comprend que la découverte de la photographie digitale et de la retouche informatique représente à ses yeux un regain de liberté, car elle permet un surcroît de maîtrise sur le langage photographique- et il ne faut entendre aucune contradiction entre l’appétit de liberté et le souci de la maîtrise. Dans ses dernières séries, Luc Vaiser utilise ainsi pour la première fois des images trouvées sur le net, des portraits d’archives familiales, des mots et des textes. Les instruments de retouche lui permettent d’y travailler le punctum – la fêlure.
En proie au Weltschmerz, sourde douleur empathique du monde à l’enseigne duquel il a placé l’une de ses expositions récentes – et qui fait écho des vanités que constituent ses photos de corps et de végétaux des années ’90 – , face aux sombre chaos du monde et aux abîmes de la mémoire, Luc Vaiser ne croit qu’aux moyens propres de l’art. Son parcours, nourri d’une vaste culture visuelle et d’une insatiable curiosité intellectuelle, prend alors tout son sens. Si, en tant d’années de photographie, il n’a semblé creuser que des sillons modestes, il a par contre cherché avec constance à porter jusqu’à ses limites le langage de son art. Son style, totalement dénué de romantisme, en découle directement.
Car l’essentiel pour lui est de provoquer cette « explosion (qui) fait une petite étoile (…) à la vitre de la photo » dont parle Barthes. Et pour cela, il continue à suivre les lignes de fracture de l’image, à creuser la fêlure par laquelle, peut-être, passera la lumière. Qui fait la photographie.

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Photographie