Faith

14 Mar FAITH – Thierry Falisse

Du 16-03-2019 au 14-04-2019

VERNISSAGE: 16-03-2019 4pm > 7pm

FAITH

Deux hommes partagent le moment d’une cigarette. Le regard légèrement penché vers le bas, ils semblent échanger une pensée commune. L’un est militaire et l’autre est le père de Thierry Falisse, tous deux partis en mission humanitaire durant le début de la guerre en Corée. Cette mise en scène du regard nous parle de complicité. Cette peinture fait écho à Isabelle, œuvre déjà présente dans l’exposition Orbis Factor montrée précédemment à la Yoko Uhoda Gallery. Il y est aussi question de regards, entre deux femmes cette fois, la mère de Thierry Falisse et Isabelle venue apporter son aide au peuple en guerre. De la sorte, ces deux peintures forment un diptyque dans lequel se retrouve le couple de ses parents, l’un Belgo-français, l’autre Coréenne. Dans cette exposition, le travail de Thierry Falisse traite de la rencontre entre deux cultures différentes, mais plus que cela, c’est l’intériorité que construit cette dualité qui intéresse l’artiste. Ces portraits sont issus d’un vieil album photo de famille, mais l’artiste utilise ses archives personnelles moins dans un esprit autobiographique que pour sonder l’image et ce qu’elle peut nous raconter. Un souvenir n’est en somme que la reconstruction du passé dans le présent, il n’est pas figé tel une photo dans un album, c’est une matière beaucoup plus malléable. Thierry Falisse l’a bien compris et exploite ce potentiel dans les images qu’il crée. Certaines peintures que l’on pense légitimement provenir directement d’une archive familiale sont en réalités constituées à partir d’images d’origines diverses. Cette façon de procéder lui permet sans doute de questionner ce qui le constitue lui-même tout en se réappropriant son histoire. De manière plus générale, Thierry Falisse sonde l’hétérogénéité du monde et de ce que nous sommes. En recréant de nouvelles réalités, il déjoue l’idée de vérité unique. Il y a dans l’exposition, une photographie qui met autrement en perspective ce jeu des réalités. Elle montre un groupe de femmes s’habiller en habit traditionnel. L’une d’elles tient un smartphone en main et grimace en faisant des selfies, l’autre place des faux cils. Pourrait-on dire qu’elles se déguisent ? On ne sait pas exactement à quoi elles se préparent, mais cette image nous prépare à une lecture stratifiée des œuvres présentées ici.

Pour cette exposition, Faith, l’artiste va donc une nouvelle fois puiser dans son patrimoine d’histoires familiales. Il se souvient de ces petites poupées coréennes hautes en couleur côtoyant les crucifix et autres figures chrétiennes qui peuplaient son enfance. Cet environnement hybride, l’artiste va le réinterpréter en habillant de tissus coréens différentes statues faisant partie de l’iconographie chrétienne. Le terme plus exact serait de dire emballer. En effet, le tissu épouse au plus près les formes de la sculpture comme si une culture venait en envelopper une autre pour ne faire qu’une. Il procèdera de la même manière avec l’enseigne de la Croix-Rouge, autre objet qui symbolise à sa manière la mission dans laquelle les parents de l’artiste se sont rencontrés. L’artiste questionne cette foi qui a réuni deux mondes très éloignés. Durant son voyage à Séoul, l’artiste questionnera un autre type de rencontre. Il y photographiera les barres d’immeubles en béton qui ont envahit l’espace périphérique. Ces images fonctionnent en miroir avec les sculptures chrétiennes emballées de tissus coréen. Mais ici, c’est la modernité sous une forme parfois excessive qui enveloppe le passé sans en faire disparaître la tradition. De la sorte, ces deux modes de vie cohabitent. C’est sans doute cet aspect-là qui a poussé l’artiste à créer des œuvres qui questionnent cette rencontre, cette cohabitation. Ces artefacts témoignent évidemment d’une part intime de l’artiste, mais sondent ce que nous construisons en chacun de nous pour devenir ce que nous sommes.

Thierry Falisse nous plonge dans une ambivalence où les images recréent des souvenirs, la technologie est mêlée à la tradition, des faux-semblants théâtralisent la vie, … un syncrétisme dont le liant serait la foi? Ou peut-être une quête qui nous emmène au-delà des paradoxes apparents qui semblent brouiller nos identités. Il y a dans le travail de Thierry Falisse, un réel questionnement sur ce qui nous constitue intimement et qui peut, parfois, nous paraître si éloigné de nous-mêmes. Une distance qui questionne ce qui nous fonde, de nos origines à nos expériences de vie. Où la réalité n’est pas une évidence mais une pluralité qui se construit avec différents matériaux de la vie qu’on a sous la main … et que parfois, il faut aller rechercher très loin.

Ludovic Demarche

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