INVIT Johan YOKO Knokke 12-17

20 Nov DE SPINARIO – LE TIREUR D’EPINE – Johan Muyle

Du 16-12-2017 au 14-01-2018

VERNISSAGE: 16-12-2017 - 4pm > 7 pm

DE SPINARIO – LE TIREUR D’EPINE – JOHAN MUYLE

Yoko Uhoda Gallery – Zeedijk 723 – Het Zoute 8300 Knokke-Heist

 

DU 16-12-2017 AU 14-01-2018

VERNISSAGE : 16-12-2017 – 4PM > 7 PM

 

 

DE SPINARIO – LE TIREUR D’EPINE (2017) donne son titre à une exposition de sculptures récentes de Johan MUYLE (B 1956)

 

La copie en plâtre (réalisée par le département moulage du musée du cinquantenaire à Bruxelles) de la sculpture ‘classique’ parmi les ‘classiques’ (Ier siècle avant J-C) SPINARIO dont l’exemplaire le plus connu est une sculpture en bronze exposée dans la salle des Triomphes du Palais des Conservateurs -Musée du Capitole- à Rome est l’occasion, pour l’artiste, de s’interroger métaphoriquement sur notre relation au monde.

Dans l’œuvre de Johan MUYLE l’enfant assis sur un rocher retire (aidé en cela par un système mécanique) une épine en argent planté dans le pied, mais l’épine sans cesse s’y reloge.
L’enfant est concentré sur le travail et ne semble pas se soucier de la flèche d’or qui traverse son torse de part en part.

L’œuvre, une vanité, est une fable proposée par l’artiste à l’usage de ses contemporains,… occupé que nous sommes par le détail, ignorant ce qui nous arrive par ailleurs.

Yoko Uhoda , novembre 2017

 

 

 

« …

 

Nous vivons aujourd’hui dans une tectonique des cultures faite de chevauchements, de frottements, de superpositions de pensées, de modes de vie, de références et d’origines. Face à cet interlope rugueux, mais aussi face à l’Internationale de l’identitaire, du communautaire, comment puis-je privilégier le rapport à l’humain et à la pensée, dans une démarche artistique ?

 

Dans la découverte de ce qui va au-delà de soi, dans le respect des différences, je recherche le dénominateur commun entre les humains, un regard mobilisant, avec une résonance sociale et une compréhension intuitive du monde à partir d’images du groupe. Mon impulsion créatrice n’est pas de l’intellect plaqué sur du vivant, mais du vivant bouleversant l’intellect : dans ma pratique ce n’est pas tant l’effet visuel que je recherche que l’effet humain, c’est pourquoi je travaille sur les lieux d’interaction entre les individus. Il existe des seuils dans mes différentes activités, des moments de passage d’un état à un autre : c’est là où le lien surgit, pour retrouver un équilibre et un ordre du langage dans mon propre chaos, mes digressions vers l’anecdote, le souvenir ou le désir.

 

La recherche de la bonne distance est aussi importante quand il s’agit d’éloignement dans le temps ou d’éloignement dans l’espace. Les voyages, et d’abord mes séjours à Kinshasa, ont eu une grande importance dans l’évolution de mon travail. Je voulais me débarrasser de mon humanisme de chambre. Ces expériences m’ont fait saisir cette notion essentielle que le monde, toujours, doit être compris de différents points de vue en même temps. Dans ce contexte, il convient de relativiser le rapport à l’Histoire car il y a une infinité, une multiplicité d’Histoires : cela pourrait paraître naïf, mais certaines évidences doivent être intimement ressenties pour devenir opérationnelles.

 

Dans cette réflexion, les pensées d’Oswald de Andrade et d’Édouard Glissant ont été déterminantes dans le pivotement de ma perception des différentes cultures.

Je prends certes de la distance avec ce concept d’anthropophagie contenu dans le manifeste d’Oswald de Andrade du fait de son évocation du “barbare”, mais l’idée des mixages des cultures m’est essentielle. J’ai vécu dès l’enfance ce mixage de culture au quotidien lorsque je vivais à Charleroi et je continue de le vivre aujourd’hui.

 

Nous savons qu’il est devenu impossible maintenant de parler à l’autre du point de vue d’une identité fixe, même pour ceux qui tenteraient de se raccrocher à leur passé, leur ethnie ou leur clan ; les oppresseurs comme les opprimés portent la responsabilité de leurs actes et du développement des événements : opprimer n’est pas acceptable, ne pas être en résistance tout autant. Je rejoints Édouard Glissant, lorsqu’il expose dans le Traité du Tout-Monde, que “les identités fixes“ deviennent préjudiciables à la sensibilité de l’homme contemporain engagé dans un monde-chaos et vivant dans des sociétés “créolisées”. Mon point de vue sur les identités, comme sur ma relation à l’autre, évolue vers une personnalité mouvante, créatrice, fragile, intégrant des failles et des fêlures : parlant sans certitude, parlant dans le doute.

 

A mes yeux et dans ma pratique de l’art, ces termes et notions : le mixage, l’identité-rhizome chère à Deleuze, le doute activé, l’imprévisible, le surgissement, le dérapage sont opérants ; cela me permet de parler de la condition humaine ancrée dans un présent difficile en raison de la disparition des utopies, de la radicalisation des religions, du communautarisme. Récolter des objets de réemploi, en rapporter de voyages ou bien en commander via internet, rédiger des aphorismes, réaliser des assemblages ou des installations est ma manière de commenter l’état du monde.

 

… »

 

Extrait de : ‘Heureusement que la pensée est muette’ – écrits / récits de Johan Muyle – préface de Dominique Païni – éditions LE GAC PRESS France © LE GAC PRESS – Johan Muyle – Dominique Païni – Dépôt légal: Janvier 2014 – Tous droits réservés – ISBN : 978-2-36409-049-1

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