29 May Charlotte Marchand – Microgravité

Du 09-06-2017 au 09-07-2017

VERNISSAGE: 08-06-2017 6PM > 9PM

Yoko Uhoda Gallery – Liège

Le désir de peinture

Charlotte Marchand développe depuis de nombreuses années un travail pictural intense dont l’énergie ne fait que croitre. Son univers de couleurs et de formes est plongé dans une expression savamment maîtrisée. A l’origine de son élan, des papiers peints, tissus, vieux magazines et jouets qu’elle récolte avec frénésie. Imprégnés d’une époque et d’un vécu, ces éléments composent un alphabet à partir duquel elle déploie un langage direct sur la peinture et ses codes. Les coulées, les superpositions, les transparences, les matières sont  traitées de façons franches et visibles dans l’espace de la toile qui est la plupart du temps carré. Ce champ condense son désir de peinture, balancé comme un coup de gueule.

Le parcours de Charlotte Marchand reflète assez bien les enjeux actifs au sein de son travail. Elle a d’abord fréquenté le monde du théâtre et de la télévision, en France – pour lesquels elle a réalisé des décors et participé à des mises en scène- avant de s’initier aux arts plastiques, en Belgique. Elle s’est formée au sein de l’Atelier Peinture de La Cambre (ENSAV – Bruxelles) et a suivi, parallèlement, des cours du soir en dessin dans une académie.

Ses peintures fonctionnent comme des mises en scène de formes, couleurs et motifs abstraits ou figuratifs. La toile est ainsi constituée de plans qui glissent les uns sur les autres mais sans jamais les occulter complètement de sorte qu’ils laissent toujours visible, lorsqu’on s’y attarde, un morceau du décor précédent. La surface du tableau est ainsi constituée d’une ou de plusieurs fenêtres qui ouvrent l’espace de la toile à d’autres univers plastiques.

Le travail de Charlotte Marchand exploite des éléments antagonistes. La nostalgie contenue dans un vieux papier peint se frotte à la contemporanéité d’une couleur fluorescente ; de même, la naïveté d’un trait ou d’un dessin cohabite avec la rigueur minimaliste d’une forme géométrique. La vitalité de sa peinture est traitée avec humour et cultive le goût de la faille, de l’imperfection, de l’accident, etc. Elle exalte ainsi l’instabilité du monde contemporain, ses déchirements, sa violence mais également sa liberté et sa frénésie. Sa démarche peut être rattachée à la Bad Painting qui privilégie volontairement une peinture sale et expressive. Et ses peintures rejoignent les univers denses et chaotiques de Franz Ackermann, Katharina Grosse ou Albert Oehlen.

Le dessin constitue également un élément primordial de son travail. Comme dans la peinture, c’est le collage qui fait loi. Il mêle texture et motif mais de manière moins foisonnante puisqu’ici le blanc du papier est un élément à part entière qui permet un contraste avec le crayon ou l’encre; j’imagine une respiration, une parenthèse au bouillonnement de sa peinture.

Bien que formelle et spontanée, la peinture de Charlotte Marchand traduit les tensions entre passé et présent, attraction et répulsion, douceur et violence, habitude et accident, vrai et faux. L’univers qu’elle déploie est chargé d’une puissance que notre œil décèle au fur et à mesure qu’il se laisse entrainer dans les couches de peinture. A peine perceptible dans un premier temps, la complexité du travail de superpositions de matières colorées vise, in fine, à explorer le champ des possibles.

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